Qualiopi : le nouveau référentiel s'applique au 1er novembre 2026
Sept critères inchangés, un indicateur de plus, et des audits qui vérifient les preuves. Ce que votre organisme doit pouvoir montrer avant le 1er novembre.
Le décret n° 2026-728 du 1er août 2026, publié au Journal officiel du 4 août, actualise le référentiel national qualité sur lequel repose la certification Qualiopi. Il s’applique à tous les audits menés à partir du 1er novembre 2026, quelle que soit la date à laquelle vos apprenants se sont inscrits. Les sept critères ne changent pas. Le nombre d’indicateurs passe de 32 à 33. Le ministère du Travail le dit lui-même : cette réforme « ne crée aucune nouvelle obligation légale », elle renforce les audits pour vérifier que les obligations existantes sont réellement tenues. Autrement dit, ce qui change n’est pas ce qu’on vous demande de faire, c’est ce qu’on vous demande de prouver.
Qui est concerné, et à partir de quand exactement
Tout organisme qui veut continuer à recevoir des fonds des financeurs listés à l’article L. 6316-1 du code du travail : les opérateurs de compétences, les associations Transitions Pro, l’État, les régions, la Caisse des dépôts, France Travail et l’Agefiph. Sans certification, ces financements ne sont plus accessibles.
La bascule ne dépend ni de votre date de certification ni de celle de vos sessions. Elle dépend de la date de votre prochain audit. Un audit conduit à partir du 1er novembre 2026, qu’il soit initial, de surveillance ou de renouvellement, sera évalué sur le référentiel actualisé.
Sortez donc votre certificat et regardez votre calendrier d’audit. Le cycle de certification prévoit un audit de surveillance entre le quatorzième et le vingt-deuxième mois suivant l’obtention, et un audit de renouvellement avant l’échéance du certificat. Si l’un des deux tombe après le 1er novembre, vous êtes concerné.
Un point à garder en tête si vous préparez déjà votre dossier : au moment où ces lignes sont écrites, la version actualisée du guide de lecture, celle qui précise pour chaque indicateur le niveau attendu et les preuves acceptées, n’est pas encore publiée par le ministère du Travail. Le texte du décret est connu, sa traduction en attentes d’audit ne l’est pas encore entièrement.
Ce que le ministère cherche à corriger
Le gouvernement a annoncé quatre priorités, et elles éclairent la façon dont les auditeurs vont lire le référentiel.
| La priorité annoncée | Ce que l’auditeur va regarder |
|---|---|
| Sécuriser l’accès aux financements publics | La réalité de votre activité, votre situation administrative, juridique et financière, vos habilitations |
| Renforcer la qualité pédagogique | La transparence de votre information, le contrôle des formations à distance, votre organisation pédagogique |
| Mieux protéger les apprentis | La mise en œuvre effective des obligations du code du travail : prévention des violences, sécurité, droit de retrait, suivi entre le centre, l’entreprise et l’apprenti |
| Garantir une information claire et loyale | Votre communication sur les certifications préparées, leurs débouchés et les possibilités de poursuite d’études |
La formule employée par le ministère résume la logique : la certification évolue « vers un référentiel davantage fondé sur la preuve, le contrôle effectif et la réalité des prestations délivrées ». Un organisme sérieux qui ne consigne rien devient, pour un auditeur, indiscernable d’un organisme qui ne fait rien.
Votre communication devient un objet d’audit à part entière
Le premier indicateur du référentiel exige désormais une information « accessible au public, détaillée et vérifiable » sur ce que vous vendez : prérequis, objectifs, type de reconnaissance de la formation, durée, modalités pédagogiques et de financement, délais d’accès, tarifs, contacts, méthodes mobilisées, modalités d’évaluation, accessibilité aux personnes en situation de handicap.
Il ajoute une interdiction explicite. Votre communication ne doit comporter « aucune mention de nature à induire le public en erreur », en particulier sur les conditions d’accès, le contenu, les modalités pédagogiques, le financement, et surtout sur les droits ou l’absence de droits de poursuite d’études que confère la formation préparée.
Cette dernière précision vise une pratique répandue : laisser croire qu’une formation ouvre des portes qu’elle n’ouvre pas. Si vous préparez à une certification professionnelle, vous devez informer sur les taux d’obtention, les blocs de compétences validables, les équivalences, les passerelles, les suites de parcours et les débouchés.
Deux conséquences concrètes pour un dirigeant. D’abord, chaque page de votre catalogue devient une pièce du dossier d’audit, au même titre qu’une feuille de présence. Ensuite, une information qui vit dans un tableur et qu’on recopie à la main sur le site finit toujours par diverger. Un site d’organisme de formation dont le catalogue se met à jour depuis vos données de gestion supprime le risque à la source, parce qu’il n’y a plus qu’une seule version de la vérité.
Les formations à distance : le suivi doit être vérifiable
Le référentiel actualisé demande que, lorsque des modules sont réalisés à distance, le prestataire « vérifie l’effectivité de leur suivi par les apprenants ». Le mot qui compte est « vérifie ». Une attestation sur l’honneur ne vérifie rien.
C’est le point sur lequel beaucoup d’organismes vont se découvrir nus. Envoyer un lien de connexion, c’est mettre à disposition. Savoir qui s’est connecté, combien de temps, à quel module, et pouvoir le montrer trois mois plus tard, c’est vérifier. Ce sont deux choses différentes, et une seule des deux se présente à un auditeur.
Le même raisonnement vaut pour le présentiel. Une feuille signée sur place, récupérée immédiatement sous forme numérique plutôt que rangée dans un classeur, est une preuve disponible le jour de l’audit. Une feuille papier est une preuve à retrouver.
Vos sous-traitants entrent dans le champ de votre audit
Quand vous faites appel à la sous-traitance ou au portage salarial, le référentiel vous demande de vous assurer du respect du référentiel par votre sous-traitant, et d’en assurer la traçabilité dans les contrats de sous-traitance.
Lisez la fin de la phrase. Il ne suffit plus de savoir que votre formateur indépendant travaille bien. Il faut que le contrat le dise, et que ce contrat existe. Un organisme qui travaille depuis dix ans avec les mêmes intervenants sur une commande par courriel et une facture en fin de mois n’a rien à se reprocher sur le fond, et rien à montrer sur la forme.
C’est le moment de reprendre vos conventions d’intervention. Ce qu’un contrat de sous-traitance doit dire pour éviter le litige recoupe très largement ce que l’auditeur vient chercher : qui fait quoi, selon quelles exigences, avec quelles obligations de conformité.
Le nouvel indicateur 33 : évaluer les enseignements, pas la satisfaction
C’est la seule création du décret. Le prestataire doit mettre en place un dispositif d’évaluation des contenus et des enseignements par les apprenants, « distinct du recueil général de satisfaction », dont les résultats sont partagés avec les équipes pédagogiques, donnent lieu à une démarche d’amélioration continue formalisée, et dont il mesure périodiquement l’efficacité.
Quatre exigences dans une seule phrase, et chacune se vérifie :
- Distinct. Votre questionnaire de fin de session ne suffit plus. « Recommanderiez-vous cette formation ? » mesure un ressenti, pas un contenu.
- Partagé avec les équipes. Il faut pouvoir montrer que le formateur a reçu les retours qui le concernent.
- Formalisé. Une décision prise en réunion sans trace écrite n’existe pas pour un auditeur.
- Mesuré périodiquement. Vous devez pouvoir dire ce que vous avez changé, et si ça a marché.
Un organisme qui refabrique un questionnaire à chaque session ne tiendra pas cette exigence longtemps : les réponses ne seront pas comparables d’une session à l’autre, donc l’efficacité ne sera pas mesurable. Travailler à partir d’une bibliothèque de questionnaires réutilisables n’est pas un confort d’organisation, c’est ce qui rend la comparaison possible.
L’indicateur 32 est complété dans le même esprit : à la démarche d’amélioration continue tirée des appréciations et des réclamations s’ajoute désormais une analyse des risques sur la qualité des formations délivrées.
Ce qui vise spécifiquement l’apprentissage
L’essentiel des ajustements porte sur la formation par apprentissage. Si vous gérez un centre de formation d’apprentis, quatre exigences se renforcent.
| Ce que le référentiel demande | Ce qu’il faut pouvoir montrer |
|---|---|
| Anticiper avec l’apprenant, en lien avec l’entreprise, les missions confiées à court, moyen et long terme | Une trace écrite de cette anticipation et de la coordination entre le centre et l’entreprise |
| Un accompagnement socio-professionnel, éducatif et relatif à l’exercice de la citoyenneté | Une procédure de traitement sans délai des ruptures liées à des difficultés, violences ou discriminations |
| Informer les apprentis de leurs droits et devoirs, et des règles de santé et de sécurité, de manière renforcée quand ils sont mineurs | Les supports d’information remis, les dispositifs de signalement communiqués, les coordonnées du médiateur de l’apprentissage |
| Signaler les dysfonctionnements à l’inspection du travail | Le registre de ce que vous avez signalé, et quand |
Pour tous les organismes de formation, l’indicateur relatif à l’engagement des bénéficiaires est lui aussi complété : il faut s’assurer de la prévention et du traitement de toute situation de violence, dont les violences sexistes et sexuelles, de harcèlement ou de discrimination survenue dans le cadre de la formation.
Deux seuils que le texte renvoie à un arrêté
Le décret introduit deux exigences dont le déclenchement n’est pas encore chiffré, et il faut le savoir avant de se rassurer trop vite.
Au-delà d’un nombre d’intervenants par formation fixé par arrêté du ministre chargé de la formation professionnelle, vous devrez disposer d’un référent pédagogique par formation, chargé de la coordination entre les intervenants.
De la même façon, lorsque la proportion d’heures d’enseignement réalisées par des intervenants permanents passe sous un seuil fixé par arrêté, vous devrez mettre en œuvre des modalités renforcées de supervision pédagogique et de contrôle de la qualité des interventions.
Ces deux arrêtés ne sont pas parus au moment où cet article est écrit. Un organisme qui fonctionne largement avec des intervenants extérieurs a donc intérêt à surveiller leur publication, parce que ce sont eux qui diront s’il est concerné ou non.
Ce que ça change pour votre décision
Vous avez jusqu’au 1er novembre 2026, et surtout jusqu’à la date de votre prochain audit. Quatre décisions se prennent maintenant.
- Datez votre prochain audit. Avant le 1er novembre, vous passez sur l’ancien référentiel et vous préparez le suivant tranquillement. Après, c’est le nouveau, et le temps disponible est celui qui vous sépare de cette date.
- Listez ce que vous savez faire mais ne savez pas montrer. Le suivi réel des modules à distance, les contrats de vos intervenants, les retours des apprenants sur les contenus : ce sont les trois endroits où un organisme sérieux se fait prendre en défaut de preuve.
- Vérifiez la sincérité de votre catalogue. Chaque promesse de débouché, de poursuite d’études ou de reconnaissance doit être exacte, et le taux d’obtention doit être affiché quand vous préparez à une certification.
- Regardez d’où viennent vos preuves. Si elles se fabriquent à la main la semaine précédant l’audit, elles se refabriqueront à la main tous les trois ans, et elles seront fausses une fois sur deux.
C’est sur ce dernier point que la réforme est la plus dure et la plus utile à la fois. Un référentiel fondé sur la preuve récompense les organismes dont les outils enregistrent ce qui se passe au moment où ça se passe. Chez Red Life Academy, le catalogue, les inscriptions, la signature des documents et le planning des formateurs tiennent au même endroit depuis 2018 : le dossier d’audit ne se fabrique pas la veille, il se lit là où le travail a déjà été enregistré. La bonne question à se poser avant novembre n’est donc pas « qu’est-ce qu’il me manque », mais « parmi tout ce que le référentiel me demande de prouver, qu’est-ce que mes outils enregistrent déjà tout seuls ».
Sources et références
- Le Gouvernement renforce la qualité de la formation professionnelle du label Qualiopi, communiqué de presse commun du ministère du Travail et des Solidarités, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace et du ministère délégué chargé de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage, publié le 6 août 2026. Consulté le 7 septembre 2026.
- Décret n° 2026-728 du 1er août 2026 relatif au référentiel national sur la qualité des actions concourant au développement des compétences, Journal officiel du 4 août 2026.
- Qualiopi évolue, AGEFMA, carif-oref de Martinique, 5 août 2026 : reprise du texte des indicateurs modifiés par le décret n° 2026-728, avec la date d’entrée en vigueur. Consulté le 7 septembre 2026.
- Référentiel national qualité, guide de lecture « Qualiopi », ministère du Travail et des Solidarités : les sept critères, l’obligation de certification, les financeurs de l’article L. 6316-1 et le cycle d’audit. Consulté le 7 septembre 2026.
Questions fréquentes
Mon audit de surveillance est prévu en octobre 2026. Suis-je concerné ?
Non, pas pour cet audit. Le référentiel actualisé s’applique aux audits menés à partir du 1er novembre 2026. Un audit conduit en octobre reste évalué sur le référentiel en vigueur à cette date. En revanche votre audit suivant, lui, sera sur le nouveau : le délai que vous gagnez est un délai de préparation, pas une dispense.
Ma certification actuelle reste-t-elle valable après le 1er novembre ?
Oui. Le décret ne remet pas en cause les certificats délivrés. Il change la règle d’évaluation des audits futurs. Votre certification court jusqu’à son échéance normale, et c’est au moment du contrôle suivant que le nouveau référentiel s’applique.
Le référentiel crée-t-il de nouvelles obligations pour mon organisme ?
Le ministère indique que la réforme ne crée aucune nouvelle obligation légale et qu’elle renforce les audits afin de garantir le respect effectif des obligations déjà prévues par le droit. En pratique, la charge se déplace vers la preuve : des choses que vous faisiez sans les consigner doivent désormais pouvoir être montrées.
Je sous-traite à des formateurs indépendants. Doivent-ils être certifiés eux aussi ?
Les sous-traitants qui n’interviennent pas pour un donneur d’ordre dans le cadre d’une action financée au titre du compte personnel de formation n’ont pas l’obligation d’être certifiés. C’est au donneur d’ordre de s’assurer du respect du référentiel par le sous-traitant ou le salarié porté. Le décret ajoute que cette conformité doit être tracée dans les contrats de sous-traitance.
Combien d’indicateurs mon organisme doit-il satisfaire ?
Cela dépend de votre activité. Le référentiel comporte un tronc commun applicable à tous les prestataires, auquel s’ajoutent des indicateurs spécifiques à l’apprentissage ou aux formations certifiantes. Le total passe de 32 à 33 avec la création de l’indicateur 33, mais aucun organisme n’est audité sur la totalité : c’est le périmètre de votre certification qui détermine lesquels vous concernent.
Où trouver le détail des preuves attendues pour chaque indicateur ?
Dans le guide de lecture publié par le ministère du Travail, qui précise pour chaque indicateur le niveau attendu et donne des exemples d’éléments de preuve. La version correspondant au référentiel actualisé n’était pas encore publiée à la date de cet article. Tant qu’elle ne l’est pas, appuyez-vous sur le texte du décret et sur la version en vigueur du guide, en gardant à l’esprit que les précisions d’audit peuvent évoluer.